Ce livre a Ă©tĂ© Ă©crit un mois de janvier Ă Paris, et lâair de libertĂ© quâon respire ici, a pĂ©nĂ©trĂ© certaines strophes plus profondĂ©ment que je ne lâeusse dĂ©sirĂ©. Je ne manquai pas dâadoucir et de retrancher sur-le-champ mĂȘme tout ce qui me parut incompatible avec le climat de lâAllemagne. NĂ©anmoins lorsquâau mois de mars jâen adressai le manuscrit Ă mon Ă©diteur Ă Hambourg, jâeus encore Ă compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prĂ©vois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalitĂ© allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les gouvernements, et qui jouissent de lâamour et de la haute estime de la censure ; dans la presse ils ont la prĂ©dominance, aussitĂŽt quâil sâagit de combattre leurs adversaires qui sont en mĂȘme temps les adversaires de leurs trĂšs-hauts et trĂšs-puissants princes et principicules. Nous avons le cĆur cuirassĂ© contre la mauvaise humeur de ces hĂ©roĂŻques laquais Ă la livrĂ©e noire, rouge et or. Je les entends dĂ©jĂ crier de leur grosse voix : Tu blasphĂšmes les couleurs de notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français Ă qui tu veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; jâestimerai, jâhonorerai votre drapeau, lorsquâil le mĂ©ritera, et quâil ne sera plus le jouet des fous ou des fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensĂ©e allemande, faites-en lâĂ©tendard de la libre humanitĂ©, et je verserai pour elles la derniĂšre goutte de mon sang. Soyez tranquilles, jâaime la patrie, tout autant que vous. Câest Ă cause de cet amour que jâai vĂ©cu tant de longues annĂ©es dans lâexil ; câest Ă cause de cet amour que jây passerai peut-ĂȘtre le reste de mes jours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces dâun martyr. Jâaime les Français, comme jâaime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assez sot et assez mĂ©chant moi-mĂȘme pour dĂ©sirer que les Allemands et les Français, ces deux peuples Ă©lus de la civilisation, se cassent la tĂȘte pour le plus grand bien de lâAngleterre et de la Russie, et pour la plus grande joie de tous les gentillĂątres et les mauvais prĂȘtres de ce globe. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple raison que le Rhin est Ă moi. Oui, il est Ă moi par un imprescriptible droit de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et indĂ©pendant. Câest sur ses bords quâest mon berceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartiendrait Ă dâautres quâaux enfants du pays...
Ce livre a Ă©tĂ© Ă©crit un mois de janvier Ă Paris, et lâair de libertĂ© quâon respire ici, a pĂ©nĂ©trĂ© certaines strophes plus profondĂ©ment que je ne lâeusse dĂ©sirĂ©. Je ne manquai pas dâadoucir et de retrancher sur-le-champ mĂȘme tout ce qui me parut incompatible avec le climat de lâAllemagne. NĂ©anmoins lorsquâau mois de mars jâen adressai le manuscrit Ă mon Ă©diteur Ă Hambourg, jâeus encore Ă compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prĂ©vois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalitĂ© allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les gouvernements, et qui jouissent de lâamour et de la haute estime de la censure ; dans la presse ils ont la prĂ©dominance, aussitĂŽt quâil sâagit de combattre leurs adversaires qui sont en mĂȘme temps les adversaires de leurs trĂšs-hauts et trĂšs-puissants princes et principicules. Nous avons le cĆur cuirassĂ© contre la mauvaise humeur de ces hĂ©roĂŻques laquais Ă la livrĂ©e noire, rouge et or. Je les entends dĂ©jĂ crier de leur grosse voix : Tu blasphĂšmes les couleurs de notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français Ă qui tu veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; jâestimerai, jâhonorerai votre drapeau, lorsquâil le mĂ©ritera, et quâil ne sera plus le jouet des fous ou des fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensĂ©e allemande, faites-en lâĂ©tendard de la libre humanitĂ©, et je verserai pour elles la derniĂšre goutte de mon sang. Soyez tranquilles, jâaime la patrie, tout autant que vous. Câest Ă cause de cet amour que jâai vĂ©cu tant de longues annĂ©es dans lâexil ; câest Ă cause de cet amour que jây passerai peut-ĂȘtre le reste de mes jours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces dâun martyr. Jâaime les Français, comme jâaime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assez sot et assez mĂ©chant moi-mĂȘme pour dĂ©sirer que les Allemands et les Français, ces deux peuples Ă©lus de la civilisation, se cassent la tĂȘte pour le plus grand bien de lâAngleterre et de la Russie, et pour la plus grande joie de tous les gentillĂątres et les mauvais prĂȘtres de ce globe. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple raison que le Rhin est Ă moi. Oui, il est Ă moi par un imprescriptible droit de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et indĂ©pendant. Câest sur ses bords quâest mon berceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartiendrait Ă dâautres quâaux enfants du pays...