Germania ou de l'Allemagne - Heinrich Heine

By Heinrich Heine

Release Date: 2019-11-14

Genre: Literary Fiction

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Ce livre a Ă©tĂ© Ă©crit un mois de janvier Ă  Paris, et l’air de libertĂ© qu’on respire ici, a pĂ©nĂ©trĂ© certaines strophes plus profondĂ©ment que je ne l’eusse dĂ©sirĂ©. Je ne manquai pas d’adoucir et de retrancher sur-le-champ mĂȘme tout ce qui me parut incompatible avec le climat de l’Allemagne. NĂ©anmoins lorsqu’au mois de mars j’en adressai le manuscrit Ă  mon Ă©diteur Ă  Hambourg, j’eus encore Ă  compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prĂ©vois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalitĂ© allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les gouvernements, et qui jouissent de l’amour et de la haute estime de la censure ; dans la presse ils ont la prĂ©dominance, aussitĂŽt qu’il s’agit de combattre leurs adversaires qui sont en mĂȘme temps les adversaires de leurs trĂšs-hauts et trĂšs-puissants princes et principicules. Nous avons le cƓur cuirassĂ© contre la mauvaise humeur de ces hĂ©roĂŻques laquais Ă  la livrĂ©e noire, rouge et or. Je les entends dĂ©jĂ  crier de leur grosse voix : Tu blasphĂšmes les couleurs de notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français Ă  qui tu veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; j’estimerai, j’honorerai votre drapeau, lorsqu’il le mĂ©ritera, et qu’il ne sera plus le jouet des fous ou des fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensĂ©e allemande, faites-en l’étendard de la libre humanitĂ©, et je verserai pour elles la derniĂšre goutte de mon sang. Soyez tranquilles, j’aime la patrie, tout autant que vous. C’est Ă  cause de cet amour que j’ai vĂ©cu tant de longues annĂ©es dans l’exil ; c’est Ă  cause de cet amour que j’y passerai peut-ĂȘtre le reste de mes jours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces d’un martyr. J’aime les Français, comme j’aime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assez sot et assez mĂ©chant moi-mĂȘme pour dĂ©sirer que les Allemands et les Français, ces deux peuples Ă©lus de la civilisation, se cassent la tĂȘte pour le plus grand bien de l’Angleterre et de la Russie, et pour la plus grande joie de tous les gentillĂątres et les mauvais prĂȘtres de ce globe. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple raison que le Rhin est Ă  moi. Oui, il est Ă  moi par un imprescriptible droit de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et indĂ©pendant. C’est sur ses bords qu’est mon berceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartiendrait Ă  d’autres qu’aux enfants du pays...
 Pineal: Xt Open Your Third Eye

Germania ou de l'Allemagne - Heinrich Heine

By Heinrich Heine

Release Date: 2019-11-14

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Ce livre a Ă©tĂ© Ă©crit un mois de janvier Ă  Paris, et l’air de libertĂ© qu’on respire ici, a pĂ©nĂ©trĂ© certaines strophes plus profondĂ©ment que je ne l’eusse dĂ©sirĂ©. Je ne manquai pas d’adoucir et de retrancher sur-le-champ mĂȘme tout ce qui me parut incompatible avec le climat de l’Allemagne. NĂ©anmoins lorsqu’au mois de mars j’en adressai le manuscrit Ă  mon Ă©diteur Ă  Hambourg, j’eus encore Ă  compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prĂ©vois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalitĂ© allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les gouvernements, et qui jouissent de l’amour et de la haute estime de la censure ; dans la presse ils ont la prĂ©dominance, aussitĂŽt qu’il s’agit de combattre leurs adversaires qui sont en mĂȘme temps les adversaires de leurs trĂšs-hauts et trĂšs-puissants princes et principicules. Nous avons le cƓur cuirassĂ© contre la mauvaise humeur de ces hĂ©roĂŻques laquais Ă  la livrĂ©e noire, rouge et or. Je les entends dĂ©jĂ  crier de leur grosse voix : Tu blasphĂšmes les couleurs de notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français Ă  qui tu veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; j’estimerai, j’honorerai votre drapeau, lorsqu’il le mĂ©ritera, et qu’il ne sera plus le jouet des fous ou des fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensĂ©e allemande, faites-en l’étendard de la libre humanitĂ©, et je verserai pour elles la derniĂšre goutte de mon sang. Soyez tranquilles, j’aime la patrie, tout autant que vous. C’est Ă  cause de cet amour que j’ai vĂ©cu tant de longues annĂ©es dans l’exil ; c’est Ă  cause de cet amour que j’y passerai peut-ĂȘtre le reste de mes jours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces d’un martyr. J’aime les Français, comme j’aime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assez sot et assez mĂ©chant moi-mĂȘme pour dĂ©sirer que les Allemands et les Français, ces deux peuples Ă©lus de la civilisation, se cassent la tĂȘte pour le plus grand bien de l’Angleterre et de la Russie, et pour la plus grande joie de tous les gentillĂątres et les mauvais prĂȘtres de ce globe. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple raison que le Rhin est Ă  moi. Oui, il est Ă  moi par un imprescriptible droit de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et indĂ©pendant. C’est sur ses bords qu’est mon berceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartiendrait Ă  d’autres qu’aux enfants du pays...
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