La France contre les robots est un essai de Georges Bernanos publiĂ© en 1947. Il s'agit d'un recueil de diffĂ©rents textes formant une violente critique de la sociĂ©tĂ© industrielle. Bernanos y estime que le machinisme limite la libertĂ© des hommes, et perturbe jusqu'Ă leur mode de pensĂ©e. Pour lui, la civilisation française est incompatible avec une certaine idolĂątrie anglo-saxonne pour le monde de la technique.Il y conteste l'idĂ©e selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l'humanitĂ©, car, selon lui, « il y aura toujours plus Ă gagner Ă satisfaire les vices de l'homme que ses besoins ».Il y prĂ©dit aussi une rĂ©volte des Ă©lans gĂ©nĂ©reux de la jeunesse contre une sociĂ©tĂ© trop matĂ©rialiste oĂč ceux-ci ne peuvent s'exprimer.Extrait| I| Si le monde de demain ressemble Ă celui dâhier, lâattitude de la France sera rĂ©volutionnaire. Lorsquâon sâen tient Ă certains aspects de la situation actuelle, cette affirmation peut paraĂźtre trĂšs audacieuse. Dans le moment mĂȘme oĂč jâĂ©cris ces lignes, les puissants rivaux qui se disputent, sur le cadavre des petites nations, le futur empire Ă©conomique universel, croient dĂ©jĂ pouvoir abandonner, vis-Ă -vis de nous, cette ancienne politique expectative, qui a dâailleurs toujours Ă©tĂ© celle des rĂ©gimes conservateurs en face des rĂ©volutions commençantes. On dirait quâune France libĂ©rĂ©e de lâennemi les inquiĂšte beaucoup moins que la France prisonniĂšre, mystĂ©rieuse, incommunicable, sans regard et sans voix. Ils sâefforcent, ils se hĂątent de nous faire rentrer dans le jeu â câest-Ă -dire dans le jeu politique traditionnel dont ils connaissent toutes les ressources, et oĂč ils se croient sĂ»rs de lâemporter tĂŽt ou tard, calculant les atouts qui leur restent et ceux que nous avons perdus. Il est trĂšs possible que cette manĆuvre retarde un assez long temps les Ă©vĂ©nements que jâannonce. Il est trĂšs possible que nous rentrions dans une nouvelle pĂ©riode dâapaisement, de recueillement, de travail, en faveur de laquelle sera remis Ă contribution le ridicule vocabulaire, Ă la fois cynique et sentimental, de Vichy. Il y a beaucoup de maniĂšres, en effet, dâaccepter le risque de la grandeur, il nây en a malheureusement quâune de le refuser. Mais quâimporte ! Les Ă©vĂ©nements que jâannonce peuvent ĂȘtre retardĂ©s sans dommage. Nous devons mĂȘme prĂ©voir avec beaucoup de calme un nouveau dĂ©placement de cette masse informe, de ce poids mort, que fut la RĂ©volution prĂ©tendue nationale de Vichy. Les forces rĂ©volutionnaires nâen continueront pas moins Ă sâaccumuler, comme les gaz dans le cylindre, sous une pression considĂ©rable. Leur dĂ©tente, au moment de la dĂ©flagration, sera Ă©norme...|
La France contre les robots est un essai de Georges Bernanos publiĂ© en 1947. Il s'agit d'un recueil de diffĂ©rents textes formant une violente critique de la sociĂ©tĂ© industrielle. Bernanos y estime que le machinisme limite la libertĂ© des hommes, et perturbe jusqu'Ă leur mode de pensĂ©e. Pour lui, la civilisation française est incompatible avec une certaine idolĂątrie anglo-saxonne pour le monde de la technique.Il y conteste l'idĂ©e selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l'humanitĂ©, car, selon lui, « il y aura toujours plus Ă gagner Ă satisfaire les vices de l'homme que ses besoins ».Il y prĂ©dit aussi une rĂ©volte des Ă©lans gĂ©nĂ©reux de la jeunesse contre une sociĂ©tĂ© trop matĂ©rialiste oĂč ceux-ci ne peuvent s'exprimer.Extrait| I| Si le monde de demain ressemble Ă celui dâhier, lâattitude de la France sera rĂ©volutionnaire. Lorsquâon sâen tient Ă certains aspects de la situation actuelle, cette affirmation peut paraĂźtre trĂšs audacieuse. Dans le moment mĂȘme oĂč jâĂ©cris ces lignes, les puissants rivaux qui se disputent, sur le cadavre des petites nations, le futur empire Ă©conomique universel, croient dĂ©jĂ pouvoir abandonner, vis-Ă -vis de nous, cette ancienne politique expectative, qui a dâailleurs toujours Ă©tĂ© celle des rĂ©gimes conservateurs en face des rĂ©volutions commençantes. On dirait quâune France libĂ©rĂ©e de lâennemi les inquiĂšte beaucoup moins que la France prisonniĂšre, mystĂ©rieuse, incommunicable, sans regard et sans voix. Ils sâefforcent, ils se hĂątent de nous faire rentrer dans le jeu â câest-Ă -dire dans le jeu politique traditionnel dont ils connaissent toutes les ressources, et oĂč ils se croient sĂ»rs de lâemporter tĂŽt ou tard, calculant les atouts qui leur restent et ceux que nous avons perdus. Il est trĂšs possible que cette manĆuvre retarde un assez long temps les Ă©vĂ©nements que jâannonce. Il est trĂšs possible que nous rentrions dans une nouvelle pĂ©riode dâapaisement, de recueillement, de travail, en faveur de laquelle sera remis Ă contribution le ridicule vocabulaire, Ă la fois cynique et sentimental, de Vichy. Il y a beaucoup de maniĂšres, en effet, dâaccepter le risque de la grandeur, il nây en a malheureusement quâune de le refuser. Mais quâimporte ! Les Ă©vĂ©nements que jâannonce peuvent ĂȘtre retardĂ©s sans dommage. Nous devons mĂȘme prĂ©voir avec beaucoup de calme un nouveau dĂ©placement de cette masse informe, de ce poids mort, que fut la RĂ©volution prĂ©tendue nationale de Vichy. Les forces rĂ©volutionnaires nâen continueront pas moins Ă sâaccumuler, comme les gaz dans le cylindre, sous une pression considĂ©rable. Leur dĂ©tente, au moment de la dĂ©flagration, sera Ă©norme...|